8 CHIFFRES À SAVOIR SUR L’ALIMENTATION PENDANT UN CANCER

Pendant un cancer, une bonne alimentation est le premier des soins de support. Pour accompagner des patients, des livres comme “Bien manger pendant un cancer” de la chercheuse Marie-Chantal Canivenc-Lavier et Émeline Lavier, permettent d’apprendre à lutter contre la dénutrition, qui touche beaucoup de patients en traitement. Mais combien exactement ? Dans quelle proportion la dénutrition impacte la mortalité ? De quoi se plaignent les patients dénutris ? Risque-t-on davantage de mourir de son cancer lorsque l’on est obèse ? Voici 8 questions et 8 réponses chiffrées et sourcées pour mieux comprendre l’importance de l’alimentation pendant un cancer.

 

I/ COMBIEN DE PATIENTS SOUFFRENT DE DÉNUTRITION ?
Deux études nationales (Nutricancer 1 et 2) ont été menées en France sur la question de la nutrition et du cancer. Dans les deux cas, en 2005 comme en 2012, sur un échantillon total de 2 155 patients, la dénutrition touchait en moyenne 39 % des patients soignés pour un cancer. Les patients les plus dénutris sont atteints de cancer du foie (55 % des cas), du pancréas (54 %) et de l’estomac (53 %). Principalement les cancers digestifs, donc.

Capture d’écran tirée des “Recommandations nutrition en oncogériatrie” du Dr Gilbert Zeanandin du service gastro-entérologie et nutrition du CHU de Nice.

 

II/ LES SENIORS SONT-ILS PLUS TOUCHÉS PAR LA DÉNUTRITION ?
Toujours selon l’étude Nutricancer de 2012, sur 578 patients âgés de plus 70 ans, 45 % d’entre eux étaient dénutris. C’est presque un senior sur deux. Pire, seuls 28 % de ces seniors se considéraient comme réellement dénutris.

 

III/ COMBIEN DE KILOS PERDENT LES PATIENTS ?
En 2007, Nutricancer 1 a proposé aux patients en traitement d’évaluer leur prise ou perte de poids. Sur plus de 1 000 questionnaires reçus, 60,8 % déclaraient avoir perdu du poids depuis le début de leur maladie. Parmi ces patients, plus d’un tiers (34 %) affirme avoir perdu entre 6 et 10 kg, et 14 % des patients affirment en avoir perdu plus de 16 au cours de la maladie. Pour les cancers du sein, les femmes ont parfois tendance à prendre du poids. On ignore encore pourquoi seul cette pathologie entraîne une prise de poids. Toujours est-il que cela “concerne près d’une patiente sur deux. Elle est d’en moyenne 3 kg et dépasse même 5 kg chez un tiers des patientes”, affirme le magazine Femme Actuelle dans un dossier spécial.

 

IV/ POUR QUELLES RAISONS LES PATIENTS PERDENT DU POIDS ?
Grâce à Nutricancer 1, on sait que plus d’un patient sur 2 (55 %) a l’impression de manger moins qu’avant la maladie. Les cinq raisons principales sont classées dans le graphique ci-dessous.

 

V/ L’OBÉSITÉ ET LE SURPOIDS SONT-ILS DES FACTEURS DE RISQUE DU CANCER ?
Toute la littérature scientifique est unanime pour dire qu’il existe un lien entre surpoids et cancer. En 2007, le rapport du Fonds mondial de recherche contre le cancer (FMRC) a conclu qu’il existait des preuves convaincantes de l’association entre l’excès de poids et plus de 7 principaux cancers. Une méta-analyse d’études d’observation publiées jusqu’en 2007 et portant sur 282 137 cas de cancers, montrait qu’une augmentation de l’IMC de 5 kg/m² augmentait de 10 à 20 % le risque de cancer. Les mêmes auteurs ont prouvé que l’obésité était directement responsable de la survenue du cancer, dans 2,5 % des cas. Pour le cancer de l’endomètre chez la femme, l’obésité en serait la cause directe, dans 30 % des cas. La mortalité par cancer serait également bien plus importante en cas d’obésité. Une étude menée aux États-Unis en 2003 sur 900 000 adultes pendant 16 ans, montre qu’un patient présentant une obésité massive (IMC > 40) a deux fois plus de risque de mourir de son cancer. Ce chiffre est encore plus élevé chez la femme (62 %).

 

VI/ LA DÉNUTRITION A-T-ELLE UN EFFET SUR L’EFFICACITÉ DES TRAITEMENTS ?
Pour le Pr Marie-Astrid Piquet, gastro-entérologue responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique au CHU de Caen, si un patient est dénutri, on sait que la chimio va le détruire, alors on doit le faire patienter, retarder les traitements”. Le corps du patient sera davantage agressé par la chimiothérapie s’il est dénutri. L’efficacité du traitement sera donc moindre, et son séjour à l’hôpital va se rallonger. Pour preuve, une étude menée en 2003 dans 23 hôpitaux brésiliens avec 709 patients, montre que les patients dénutris passaient entre 17 et 24 jours à l’hôpital, contre 10 à 11 jours pour les bien nourris. À cela s’ajoute donc une prise en charge économique non négligeable en cas de dénutrition.

 

VII/ LA DÉNUTRITION PEUT-ELLE ENTRAÎNER DES COMPLICATIONS ?
Toujours dans cette étude menée au Brésil, on apprend que près de la moitié des cas de complications de cancer ont lieu avec des patients dont la dénutrition est jugée sévère. Seuls 16,7 % des patients bien nourris font l’objet de complications. Pire, un patient dénutri aurait 3 fois plus de risque de mourir de son cancer qu’un patient bon nourri : 12,4 % contre 4,7 %.
Capture d’écran du document “Evaluation de l’état nutritionnel” du Dr Petit du CHU de Bordeaux.

 

VIII/ LES PATIENTS BÉNÉFICIENT-ILS D’UNE PRISE EN CHARGE NUTRITIONNELLE ?
L’étude Nutricancer 1 menée en 2005 avait alerté sur la très faible prise en charge de la nutrition chez les patients traités pour un cancer en France. En effet, seuls 55 % des patients affirmaient avoir bénéficié d’une prise en charge nutritionnelle. En 2012, ce chiffre était passé à 69 %, soit les deux tiers des patients. Il semble donc qu’une réelle prise de conscience s’est faite dans les hôpitaux, même si 14 % des malades dénutris n’avaient bénéficié d’aucune prise en charge.

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[ POUR ALLER PLUS LOIN ]

  • un article de LaNutrition.fr sur les aliments à diminuer pour prévenir des cancers

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