LE JEÛNE SERAIT INEFFICACE FACE AU CANCER

Caen, mardi 5 décembre 2017

 

Depuis dix ans, le jeûne est présenté comme une nouvelle thérapie pour “purifier” son corps. S’il est utilisé depuis l’Antiquité, notamment pour des raisons religieuses, le jeûne est de plus en plus courant dans le monde médical. Le Réseau national alimentation cancer recherche (NACRe) a donc analysé toute la littérature scientifique sur le sujet et le résultat est accablant : la synthèse des études ne permet pas d’affirmer que le jeûne ou un régime restrictif aurait un effet bénéfique sur la prévention ou sur le traitement des cancers.

Chaque année en France, le jeûne est utilisé par plus de 5 000 personnes, selon le dernier rapport du réseau NACRe : “Jeûne, régimes restrictifs et cancer”, publié le 30 novembre 2017. On apprend que 6 % des patients atteints de cancer pratiqueraient le jeûne. Un attrait certain motivé par les livres grand public et les documentaires sur le sujet.

Nombre de ces publications se basent sur des études faites sur des animaux, notamment des souris, donnant des résultats probants. Le rapport du réseau NACRe montre en effet qu’une méta-analyse de 44 études portant sur une restriction calorique (ici une baisse de 20 à 50 % des apports) chez le rongeur, fait chuter l’incidence des tumeurs de 80 %  par rapport au groupe test.

 

DONNÉES INSUFFISANTES

Pas suffisant pour les experts, qui estiment que ces études présentent “des limites importantes qui ne permettent pas de faire des extrapolations à l’Homme”. “La seule étude épidémiologique disponible sur la prévention primaire du cancer, qui concerne des apports restreints en protéines, suggère un effet favorable transitoire sur le risque de décès. Les deux seules études cliniques disponibles qui portent sur la restriction calorique ne fournissent pas de données sur l’incidence des tumeurs”, précise le rapport. Les données cliniques sur l’Homme sont très peu nombreuses et ne portent que sur des échantillons de moins de 20 personnes. Impossible d’en tirer des conclusions intéressantes. Au total, seules 22 études cliniques ont été répertoriés par le groupe de scientifiques : 2 en prévention primaire et 20 en prévention tertiaire (pendant la maladie). Notons que 3 de ces études avaient des liens d’intérêt industriel et 2 autres faisaient état d’un conflit d’intérêt avéré.

Le rapport constate par exemple que dans le cas d’expériences animales, le groupe test bénéficie souvent de nourriture à volonté, alors que l’obésité est un facteur avéré de prolifération du cancer. De plus, une perte de poids de 50 %, comme c’est le cas chez certaines souris du groupe expérimental, ne serait pas acceptable pour l’Homme. Les données, hétérogènes, ne sont donc clairement pas extrapolables pour l’Homme.

 

GARE À LA DÉNUTRITION

Selon les études Nutricancer, près de 40 % des patients atteints de cancer sont dénutris. Un chiffre qui grimpe à 45 % chez les seniors de plus de 70 ans. Il est donc très difficile, souligne le rapport, “d’imposer un jeûne complet à des patients déjà dénutris”. Une perte de poids, même mineure, chez un patients souffrant de dénutrition, pourrait avoir de graves conséquences sur sa santé (lire notre reportage au CHU de Caen).

Si le lien entre jeûne et cancer reste donc encore à démontrer, des preuves un peu plus sérieuses semblent être envisageables pour d’autres maladies.

D’après les revues récentes de la littérature scientifique, des effets bénéfiques de la restriction calorique, du régime cétogène (très pauvre en glucide et riche en graisses) ou du jeûne sur le vieillissement, les maladies cardiovasculaires et la prise en charge de l’épilepsie et des maladies rénales chroniques sont envisagés. Néanmoins, hormis pour le lien avec l’épilepsie, pour lequel le niveau de preuve semble plus important, il s’agit souvent d’extrapolation d’études chez l’animal.

Enfin, le rapport note que c’est en grande partie par manque de moyens que le jeûne n’est pas davantage analysé par les chercheurs. “Étudier le jeûne pourrait être également une approche intéressante dans une optique de baisse de coûts de santé.”

 

LE CAS LONGO

Mis en avant lors d’un documentaire d’Arte sur le jeune (ci-dessous), le chercheur Walter Longo a fait l’objet d’un abatage médiatique important. Il a prouvé que 100 % de ses souris soumises au jeûne avaient survécu à la chimiothérapie, là où toutes celles qui étaient soumises à un régime normal étaient mortes. “Ces études représentent seulement 5 % du nombre total d’études disponibles, et ne sont pas représentatives de l’état actuel des connaissances”, tient à préciser le groupe d’expert du réseau NACRe.

 

 

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