LE SPORT SUR ORDONNANCE DANS LA VILLE DE LEONETTI

 

 

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Antibes, lundi 11 décembre 2017 & mardi 12 novembre 2018

 

Lorsqu’il nous reçoit dans les locaux de la mairie d’Antibes, le Dr Éric Duplay, ophtalmologiste et adjoint à la Santé, ne cache pas sa fierté : le colloque visant à présenter le sport sur ordonnance, samedi 30 octobre 2017, au Palais des congrès, a fait salle comble. “Soit 500 fauteuils, dont beaucoup de médecins !” L’élu avait parlé de ce dispositif au maire peu après l’adoption du décret de décembre 2016 (entré en vigueur en mars 2017). Jean Leonetti (célèbre pour sa loi d’avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie) “a tout de suite dit oui” : voilà de quoi mettre en lumière l’image sportive de la Cité des remparts.

Renommé “Pass Formsanté”, le sport sur ordonnance était en test depuis le mois de juin 2017. 9 personnes en ALD, issues du service de cardiologie du CHU La Fontonne, ont participé à 2 séances d’activité physique hebdomadaires, pendant 3 mois, sous l’égide du département des sports. C’est en effet le chef de ce service médical, le Dr François Bernasconi, qui avait d’abord soumis l’idée à la municipalité. “Nous ne voulions pas être trop ambitieux, pour ne pas faire d’erreurs techniques ou médicales”, assume le Dr Duplay. Les “cobayes” – volontaires – ont été sélectionnés après un test d’effort et ont rencontré un éducateur spécialisé et une infirmière, auxquels ils ont transmis une fiche de prescription avec des recommandations médicales. “Un carnet de liaison entre l’éducateur et le médecin leur est remis lors du premier entretien. C’est important de placer le médecin à hauteur du dispositif, qu’il y ait une complémentarité”, souligne l’adjoint à la santé.

 

OUVERT À TOUTES PATHOLOGIES CHRONIQUES

Une deuxième phase devait permettre non seulement d’élargir le cercle des bénéficiaires, mais aussi d’intégrer d’autres types de pathologies au dispositif. Pour cela, Romain Mélan, responsable de l’équipe des éducateurs, a rencontré, au cours de l’année, chefs de service de l’hôpital La Fontonne et autres structures de santé : le centre hélio-marin de Vallauris, le centre Antoine-Lacassagne niçois de lutte contre le cancer, le centre azuréen de cancérologie de Mougins, la Ligue contre le cancer ou encore l’Association française des malades du myélome multiple (AF3M)… “On se pose la question de la psychiatrie, confiait fin 2017 Éric Duplay. À Antibes, on a mis en place un Conseil local de la santé mentale pour aider à réintégrer ses patients. L’une des commissions traite de la réintégration par le sport et la culture.” 

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“Le dispositif n’est pas ouvert qu’aux Antibois, mais à toute personne atteinte d’une maladie chronique, qui est envoyée par ces différentes structures, souligne Romain Mélan. Ils suivent des séances par groupes de niveau et non par pathologie ; c’est plus simple pour nous, et plus agréable pour eux car ça ne les réduit pas à leur maladie.”  Depuis son ouverture, 48 bénéficiaires ont été intégrés, contre une vingtaine il y a un an. L’adjoint à la Vie sportive, Marc Fossoud, détaille : On compte, depuis juin 2018, 26 femmes et 20 hommes, âgés de 13 à 80 ans ; 2 ont du arrêter pour des raisons diverses. Ces patients sont atteints de maladies cardiaques (20%), de cancers (20%), de pathologies traitées en rhumatologie (15%), de maladies psychiatriques, de diabète et de maladie de Parkinson (5% chaque).”  La Ville travaille également sur un autre dispositif dédié aux enfants en surpoids et à leurs familles, tandis que la discussion avec des centres pédiatriques fait partie des perspectives pour 2019.

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DES ASSOCIATIONS RECRUTÉES

Pour encadrer ces pathologies, les éducateurs (1 à temps plein, 2 autres ponctuellement et 3 du stade nautique) doivent être spécialement formés. Une sensibilisation de 6 jours est donnée en ce sens par les enseignants de la faculté des sports. Aujourd’hui, le dispositif est entièrement gratuit pour les patients et dure 3 mois, à raison de 2 séances hebdomadaires. Une dizaine d’activités sont proposées : marche nordique, circuit training, aquagym ou encore taï-chi. En parallèle, la mairie cherche à recruter des associations qui pourraient accueillir les patients en fin de dispositif. “Pour être sélectionnées, elles doivent répondre à certains critères”, indique Romain Mélan. D’abord, avoir des encadrants formés (par une fédération sportive ou une licence Staps, ou justifier une expérience de minimum 1 an dans le domaine). Ensuite, disposer de créneaux adaptés limités à 12 personnes, le seuil maximum qu’a fixé la Ville.

Aujourd’hui, selon Marc Fossoud, elles sont “une dizaine à jouer le jeu”. L’adjoint souhaite surtout continuer à “diffuser le message auprès des médecins généralistes, qui ont encore parfois peur de signer une autorisation”. Plus d’une trentaine d’entre eux ont toutefois déjà orienté un patient vers le Pass Formsanté. La pérennité du projet dépendra de l’intégration de toutes les parties concernées. “À terme, les spécialistes devront former les médecins traitants, anticipe le Dr Bernasconi. Une thèse réalisée à Rennes a montré que cela fonctionne avec les médecins jeunes et sportifs, et les médecins qui ont du temps à consacrer à la sensibilisation à l’activité physique. Après, le dispositif doit servir de marche-pied, avant que des associations ne prennent le relais.” Des associations que l’ARS ne semble pas vouloir labelliser, regrette-t-il.

 

Contacter le service de sport sur ordonnance à Antibes

 

 

 

Cet article est un éclairage de l’article “Papy fait (le tour) de la résidence”. Cliquez ici pour revenir à ce papier principal.