PASCALE GAMBE : “OUI, C’EST POSSIBLE DE COURIR”

Marseille, mardi 12 décembre 2017

 

Depuis quelques années je pratique le running, pas toujours de façon très assidue mais toujours avec beaucoup de plaisir. J’ai 43 ans, une vie active, un compagnon très présent et aimant avec qui je partage ma vie depuis 5 ans, et une fille de 11 ans que j’adore, mon « mini-moi » selon mes proches.

En juin de cette année, suite à un contrôle de routine, une mammographie « juste comme ça », on me décèle une tumeur cancéreuse au sein gauche stade 2. Au mois de juillet, quelques jours après mon opération du sein, quand l’oncologue m’annonce que les résultats de l’analyse de la tumeur ne sont pas très bons avec un grade 2, et que je n’échapperai pas à la chimiothérapie, c’est un gouffre qui s’ouvre devant moi… Je vais être malade, diminuée, je vais souffrir, je vais perdre mes cheveux, je vais devenir inactive, je vais grossir avec la cortisone, le grignotage, le canapé, la télé…. à 43 ans, merde ! J’ai d’autres projets, d’autres envies….

Après quelques grandes crises de larmes devant les sites Internet qui vendent des perruques, je me suis dit : « Les cheveux, je n’y peux rien, mais le reste de mon corps m’appartient ! » D’autant plus que j’ai l’exemple de mon père qui, malgré un très grave cancer, myélome multiple, n’a jamais baissé les bras et reste toujours actif (marche, ski, bricolage…). Je me projette dans l’image de Demi Moore dans À armes égales ou Sigourney Weaver dans Alien, coupes de cheveux ultras courtes mais femmes toujours sexy, ça ne me déplaît pas. Moi, je n’ai pas une guerre à gagner, ni un monstre à tuer, mais un vilain crabe à éjecter de mon corps, tellement fort qu’aucun autre ne voudra y revenir : les crabes, passez-vous le mot : « Chez Pascale, il ne fait pas bon vivre ! »

Dès que j’ai eu le feu vert du chirurgien début juillet, 12 jours après la tumorectomie, je me suis mise à courir tous les jours, de 5 à 10 kilomètres, avec un double objectif. Premièrement, celui d’être le plus en forme possible avant la première injection de chimio, qui était planifiée fin août. Deuxièmement, celui beaucoup plus ambitieux, de continuer à courir durant le traitement, et en tout cas d’essayer…. Et là, merci à mon autre, mon ange, ma moitié, pas vraiment taillé pour le running (1,90 m pour 100 kilos), d’y avoir cru, car je voyais bien dans le regard des gens qui m’entouraient que peu y croyaient. Il m’a suivie dès qu’il le pouvait dans ce challenge un peu fou, où il a d’ailleurs perdu plus de 8 kilos !

J’ai recherché sur Internet si d’autres patients avaient tenté l’aventure durant le traitement et je suis tombé sur Eusobio Bochons qui a enchainé les ultra-marathons pour vaincre son cancer. J’ai peu échangé avec lui, car je le trouve tellement au-dessus de moi en terme de niveau avec ses footings d’entrainement de 50 km, mais rien que son existence, et ses encouragements, m’ont donné de la force et ont redoublé ma motivation : c’est rare mais c’est possible.

La première injection est arrivée : nuit cauchemardesque avec nausées, sueurs, maux de ventre et de tête. Le lendemain matin la tête dans le seau, comme une gueule de bois mémorable, celle où on jure à la terre entière que plus jamais on ne touchera une seule goutte d’alcool (et j’en ai connu quelques-unes), forcée de constater que je ne pourrai pas courir. Mais je me suis dit : « Ok ma belle, soit lucide. Là, tu n’es pas capable de courir, ce n’est pas possible. Mais tu vas essayer de marcher juste quelques kilomètres.” Au bout de 2, 3 kilomètres, les maux de tête ont un peu diminué, la nausée aussi et surtout pas de malaise, pas de vertige, je n’étais pas plus malade en marchant qu’en restant dans mon lit ou sur mon canapé. À ce moment-là, mon objectif initial est revenu aussi vite qu’un boomerang : si je suis capable de marcher, alors je dois être capable de courir.

 

Pascale Gambe, 43 ans, s’impose une course à pied chaque jour, malgré ses traitements.

 

Dès le lendemain, j’ai pris mon courage à deux mains, j’ai enfilé ma tenue de course, ajusté ma ceinture pour l’eau, car avec la chimio on a la bouche pâteuse à souhait, et je suis partie courir 5 kilomètres. Ce ne sont pas les meilleurs kilomètres de ma vie, mais j’ai ressenti un tel bien-être à la fin de la séance que depuis le 30 août, je ne me suis plus jamais arrêtée : petit footing tous les jours, parfois facilement, parfois dans la douleur, des jours avec l’impression de régresser, des jours avec l’impression de progresser, des jours à 6 km/h, des jours à 9 km/h, des jours où je suis obligée de marcher à chaque petite montée tellement mon souffle est court et des jours où je les passe toutes en courant… En tout cas, au bout de 2 mois et demi de chimio (après 4 séances de chimio de FEC 100), je suis capable à J+5 de l’injection de courir 11 kilomètres à 8 km/h. Les deux à trois jours suivant l’injection sont toujours aussi violents mais j’ai le sentiment de récupérer plus rapidement.

Pour l’instant, j’ai toujours un très bon moral, je n’ai pas grossi, j’ai même perdu 6 kilos (mais j’avais un peu de marge car je suis assez gourmande), j’ai plutôt bonne mine, certes souvent aidée par un peu de maquillage. J’assume mon image en sortant de temps en temps soit tête nue, soit avec ma jolie perruque soit avec un bonnet de sport.

J’ai encore 2 mois de chimiothérapie puis viendra la radiothérapie et l’hormonothérapie. Je suis confiante sur mes capacités à continuer ce rythme, sans vraiment l’augmenter tant que je suis sous traitement car je ne voudrais surtout pas me blesser. Je soigne tous mes petits bobos avec précaution, surtout les ampoules et les lésions liées aux frottements, la peau devient si fine avec la chimiothérapie, et je prends en compte chaque effet secondaire les uns après les autres.

Côté médical, à l’Institut Paoli-Calmette, le sport n’a aucun intérêt particulier à ce jour auprès des chirurgiens ou oncologues rencontrés. La seule phrase que l’on m’a dite c’était : “À partir du moment où ça vous fait du bien, pourquoi pas.” Idem pour mon généraliste ou ma gynéco. Le seul qui m’a encouragé est mon cardiologue (lui-même coureur) qui m’a rassuré en me disant que je ne prenais aucun risque et que ça pourrait être super bénéfique.

Alors oui les filles, les femmes, runneuse du dimanche ou runneuse confirmée, et vous aussi les hommes, oui c’est possible de courir durant la chimiothérapie et ça fait un bien fou !!!

Nietzsche a dit « Ce qui ne tue pas me rend plus fort » et j’espère bien pouvoir aussi le dire à la fin du traitement en m’inscrivant à mon premier semi-marathon courant 2018… il me reste à le choisir ! Vous avez des idées ?

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One comment

  1. Bonjour , super témoignage !
    J’ai vécu la même chose avec le même traitement !
    Il se trouve que j’ai pu faire le marathon de Millau le 30 septembre après 4 chimiothérapies : 3 FEC100 et 1taxol+ hercepin Certes j’ai mis 7h mais ce fut un vrai bonheur ! C’est pourquoi dans le choix d’une course il faut penser au temps qu’il nous ai accorder pour arriver! Car il ne s’agit pas de battre des records de temps sous chimiothérapie mais bien d’un défi contre ses effets!
    Bonne continuation bonne préparation du semi- marathon
    Dominique

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