PATIENTS ET PERSONNELS ONT LEUR SALLE DE SPORT AU CHU DE CAEN

Caen, jeudi 23 août 2018

 

Le bien-être au travail passe aussi par le sport. Le CHU de Caen l’a bien compris et ouvre en cette rentrée une salle de sport réservée à ses 6 000 salariés. Mieux, cet espace flambant neuf servira également aux patients pour des projets de recherche sur l’activité physique et la maladie. L’un de ses créateurs, le Dr Antoine Desvergée, nous a ouvert les portes de cette salle double emploi unique en France.

 

Comme dans de nombreuses salles de sport, une musique entraînante donne le tempo. Mais à l’inverse des clubs de fitness urbains, les décibels sont ici si bas qu’on entend distinctement la respiration des 8 courageux venus se dépenser après le travail. Il est 17h, en ce jeudi d’août, et c’est dans une ambiance presque studieuse que le personnel du CHU de Caen enchaîne pompes et squats.

La salle de sport de l’hôpital, qui a ouvert au début de l’été, sera inaugurée à la rentrée. Avec une importante particularité : dès octobre, elle servira de support à des études cliniques. “J’avais ce projet en tête depuis plus de 10 ans, mais chaque année, il manquait de l’espace, ou un financement, ou une volonté”, rembobine le Dr Antoine Desvergée, praticien en médecine physique et de réadaptation. C’est sa rencontre avec Flore Clément, directrice adjointe des ressources humaines depuis décembre 2017, qui a fait avancer les choses. “Nos démarches coïncidaient”, sourit la jeune femme aux longs cheveux noirs, qui souhaitait accentuer la prévention du côté du personnel. C’est d’ailleurs ce projet de salle pour les salarié, qui a été retenu par l’Agence régionale de santé, dans le cadre d’un appel à projets sur la stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail. L’établissement public a apporté un co-financement de 24 000 €, pour un budget total de 90 000 € de travaux et 15 000 € de machines.

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IDÉAL

S’il existait déjà une salle destinée à la rééducation lourde et à l’adaptation d’une activité à un handicap (le “plateau technique”), ce nouvel espace pourrait concerner de nombreuses autres pathologies. “Mais on devra les choisir, prévient le Dr Desvergée. Aujourd’hui, il existe potentiellement autant de projets que d’étages dans cet hôpital”, soit 23. Il en sait quelque chose, lui qui participe chaque année à la compétition interne du “kilomètre vertical”, organisée dans les escaliers de service… Mais derrière ses lunettes rondes et son allure rigoureuse, il défend une idée “très bisounours : la réalisation de protocoles pour chaque maladie”. Et le projet de salle de sport devait servir cet idéal : “savoir ce qu’il est nécessaire de faire pour obtenir les meilleurs résultats pour chaque pathologie. En matière d’activité physique, on peut presque tout faire car beaucoup de choses restent à prouver. On pourrait imaginer, par exemple, remplacer l’EPO par un stage en altitude ?”

Aujourd’hui, il aimerait notamment étudier l’impact de l’activité physique sur la Nash. Mais pour choisir, le médecin a réuni gériatres, nutritionnistes, universitaires Staps, addictologues, psychiatres et médecins du sport au sein du Grapa, un Groupe de recherche en activité physique adaptée. La première étude pourrait porter sur l’estime de soi après un cancer. “Le gros frein de la recherche en Apa, c’est qu’ils ont le matériel, ils ont les méthodes, mais il leur manque les patients”, affirme l’homme en blouse blanche qui se réjouit que cette salle réunisse tout cela. L’argent que pourraient rapporter “des recherches innovantes” servirait notamment à entretenir l’espace.

 

 

Surtout, cette prise en charge sportive permettrait à bon nombre de départements du CHU de créer des ordonnances spécifiques à chaque pathologie, avec les contre-indications, les bienfaits, les risques… Une telle ordonnance existe déjà dans l’établissement caennais et concerne la mucoviscidose. Sa mise en place a rapidement rencontré un certain succès. Étendre ces pratiques serait, selon le praticien, l’occasion de créer des ponts entre les différents départements du CHU et le monde sportif : “Je suis encore étonné de voir que beaucoup de mes confrères ne connaissent pas les compétences des Staps Apa”, regrette-t-il. Reconnue comme thérapie non-médicamenteuse par la Haute autorité de santé depuis 2011, l’activité physique reste sous-utilisée par le monde médical.

 

DU SPORT EN LIBRE SERVICE

Et par son personnel ? Les soignants rencontrent les mêmes obstacles que tout un chacun devant la pratique sportive. Avec cette salle, Flore Clément espère prévenir à la fois les risques psycho-sociaux et les troubles musculo-squelettiques liés à la profession. “Les aide-soignants, par exemple, à force de manipuler les patients, de les porter, les tourner, les soulever, s’exposent à de mauvaises postures, souligne-t-elle. Et quand ils rentrent chez eux, ils sont fatigués et n’ont pas le courage de s’y mettre.” La création d’un espace dans les murs de l’hôpital lève un certain nombre de freins : la pratique est rendue possible sur le lieu de travail, dans une large amplitude horaire (de 6h à 21h), et gratuitement. Il suffit de s’inscrire par mail. Et dès octobre, une toute nouvelle conciergerie permettra de gérer le planning.

En termes d’organisation et d’encadrement, les patients pourront compter sur deux étudiantes Staps en service civique, Noémie Daufresne et Pauline Appert, présentes à temps plein. “Une forme de service clé en main pour la réalisation pratique de leurs études”, selon Antoine Desvergée, alors que “les Master 2 doivent rendre un rapport sur une étude publiée”. Pour le personnel, des activités sont d’ores et déjà proposées par des bénévoles diplômés, “en échange d’une communication sur leurs structures”. Des séances en groupe de fitness, de taï-chi, ou encore d’animal flow, une façon ludique de faire du travail musculaire en imitant le singe, la grenouille ou le suricate… Benjamin Duflot, par exemple, est éducateur Apa et travaille au service nutrition du CHU, ainsi qu’au CRCM, où est prise en charge la mucoviscidose.

 

 

Au début de l’été, 350 personnes étaient déjà inscrites, on en compte 100 de plus à la fin du mois d’août. “Et on attend un pic en septembre avec la fin des abonnements en salle”, se réjouit le praticien, rappelant toutefois que la capacité de la salle, en termes de sécurité, n’excède pas 12 personnes. Pour autant, “elle n’attire pour l’instant pas les personnels les plus éloignés de l’AP”, note l’éducateur. Tous ceux venus participer à la séance de fitness de ce jeudi sont en effet déjà sportifs. Mais beaucoup y voient un intérêt qui dépasse l’objectif physique. “On se rend compte ici qu’on fait partie du même établissement, le cours nous procure un agréable sentiment d’appartenance”, note Perrine, psychologue au pôle femme-enfant-néonatalogie. Ses nouvelles camarades d’entraînement acquiescent, Carole, infirmière en chirurgie et médecine vasculaire abonde : “Ici, on sait qu’on est collègues.” Michèle, cadre de santé sur le plateau technique de rééducation, y voit quant à elle “l’occasion de s’autoriser à quitter le travail”. Celle qui pratique la course à pied appréciera particulièrement les tapis de course l’hiver.

Le Grapa doit se réunir en cette rentrée de septembre, pour définir les premiers groupes de patients qui pourront intégrer les recherches cliniques. Un planning bien défini pourrait permettre de prendre en charge plusieurs groupes et différentes pathologies. Ces ambitions plaisent à la direction du CHU, qui envisage déjà de maintenir cette salle dans le projet de nouveau CHU prévu pour 2026.

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